Logement en région : quand Charlevoix choisit de penser autrement

Le logement est devenu un enjeu bien concret pour plusieurs régions du Québec. Quand une personne souhaite accepter un emploi, revenir dans sa région ou s’installer dans un nouveau milieu, encore faut-il qu’elle puisse se loger.

À La Malbaie, la Coopérative de développement immobilier de Charlevoix propose une façon différente d’aborder cette réalité. Située au 100, rue John-Nairne, cette coopérative de solidarité a récemment mis sur pied un premier immeuble de 24 logements, pensé notamment pour soutenir l’arrivée et la rétention de travailleurs dans la région.

On s’est entretenu avec Isabelle Blanchard, présidente de la Coopérative et directrice du Service de développement économique à la MRC de Charlevoix, pour mieux comprendre ce projet, sa genèse et ce qu’il peut inspirer ailleurs au Québec.

Pourquoi le logement est-il devenu un enjeu de développement économique dans Charlevoix?

Dans les dernières années, la MRC a commencé à entendre de plus en plus souvent le même constat, autant du côté des entreprises que des personnes du milieu : le logement devenait un frein.

Des employeurs souhaitaient recruter à l’extérieur de la région, mais perdaient parfois des candidats parce que ceux-ci n’arrivaient pas à trouver un logement. Des personnes voulaient venir s’installer, mais se butaient rapidement à la rareté des logements locatifs.

Comme le résume Isabelle Blanchard, les régions attirent davantage depuis la pandémie. Plusieurs jeunes veulent sortir des grands centres, revenir en région ou tenter une nouvelle expérience ailleurs au Québec. Mais entre l’envie de s’installer et la possibilité concrète de le faire, le logement peut devenir une étape déterminante.

Comment la réflexion autour du projet a-t-elle commencé?

Avant de proposer une solution, la MRC a d’abord voulu mieux comprendre les besoins du territoire.

Un sondage a été mené à la fin de 2021 et au début de 2022 auprès d’entreprises du territoire, mais aussi auprès de travailleurs, de nouveaux arrivants potentiels et de personnes qui cherchaient à se loger dans la région.

Des rencontres ont aussi eu lieu avec différents acteurs du milieu, dont Place aux jeunes, des courtiers immobiliers, des employeurs et d’autres partenaires.

L’objectif était d’obtenir un portrait plus complet de la situation. Rapidement, un élément est ressorti : le besoin ne venait pas d’un seul groupe. Les employeurs, les travailleurs, les nouveaux arrivants et les municipalités étaient tous touchés, chacun à leur façon.

Qu’est-ce qui rend ce modèle différent?

La particularité du projet repose sur l’implication des employeurs.

Contrairement à une coopérative d’habitation traditionnelle, où les membres sont généralement des personnes qui se regroupent pour se loger, la Coopérative de développement immobilier de Charlevoix s’est construite autour d’un autre angle : permettre aux employeurs de faire partie de la solution.

Les entreprises peuvent devenir membres de la coopérative et réserver des unités pour leurs employés. Pour un employeur, cela peut devenir un outil concret pour faciliter le recrutement, accueillir une nouvelle personne ou soutenir un employé qui a besoin d’un logement dans la région.

L’idée n’est donc pas seulement de construire un immeuble. C’est de créer un modèle collectif qui répond à un besoin partagé par le territoire.

À qui s’adressent les logements?

Le premier bâtiment compte 24 logements, répartis sur trois étages, du studio au 4 ½.

Les logements sont pensés comme une porte d’entrée dans la région. Ils peuvent convenir à une personne qui arrive pour un emploi, qui débute sur le marché du travail, qui revient dans son milieu ou qui a besoin d’un logement accessible et bien situé pour s’ancrer.

Pour les jeunes de 18 à 35 ans, ce type de projet peut faire une vraie différence. Quand on envisage de s’installer en région, le logement peut peser aussi lourd que l’emploi ou la qualité de vie. Avoir accès à un logement convenable, près des services, peut rendre le projet de vie beaucoup plus réaliste.

 

Est-ce que le projet a été simple à mettre en place?

La mise en place du projet a demandé beaucoup de travail, mais ce parcours permet aujourd’hui de dégager des apprentissages utiles pour d’autres territoires aux prises avec des enjeux de logement.

Comme il n’existait pas de solution toute faite pour répondre aux besoins du territoire, le milieu a dû bâtir son propre modèle, étape par étape. Il a fallu structurer une gouvernance, mobiliser les bons partenaires, réfléchir au financement, clarifier les rôles, ajuster certaines décisions en cours de route et garder le cap malgré les zones d’incertitude.

Le financement a notamment représenté un défi important. Comme le modèle ne cadrait pas toujours dans les programmes traditionnels, l’équipe a dû faire valoir son approche, explorer différentes avenues et adapter le projet à la réalité du terrain.

Ce que l’expérience montre, c’est qu’un projet de logement collectif ne repose pas seulement sur une bonne idée. Il demande du temps, une vision partagée et une capacité à rassembler des acteurs qui n’ont pas tous le même rôle, mais qui peuvent contribuer à une même solution.

 

Comment le milieu s’est-il mobilisé autour du projet?

Un projet comme celui-ci ne repose pas sur une seule organisation.

La MRC a joué un rôle important dans la mobilisation et le développement du projet. Le Centre de services scolaire, la SADC, l’Office municipal d’habitation, la municipalité et des partenaires financiers ont aussi contribué à leur façon, dont Desjardins, qui a notamment permis de faire avancer certaines démarches liées au financement.

Chaque partenaire a apporté une expertise différente : connaissance du milieu, gestion immobilière, construction, financement, lien avec les employeurs, acceptabilité municipale.

Pour Isabelle Blanchard, cette diversité d’acteurs autour de la table a été essentielle. Le logement touche plusieurs dimensions d’un territoire. Il faut donc réunir des gens capables de comprendre à la fois les besoins humains, économiques, municipaux et techniques.

Penser le logement autrement, ça veut dire quoi?

Dans ce projet, penser le logement autrement, c’est accepter que le logement ne soit pas seulement une question immobilière.

C’est aussi une question d’accueil, de recrutement, de rétention, de vitalité régionale et de qualité de vie.

C’est reconnaître qu’une personne peut avoir envie de vivre en région, trouver un emploi intéressant, aimer le milieu… mais avoir besoin d’un premier ancrage pour que tout cela devienne possible.

La Coopérative de développement immobilier de Charlevoix ne prétend pas régler à elle seule l’enjeu du logement. Mais elle montre qu’en partant d’un besoin réel, en mobilisant les bons partenaires et en acceptant de faire les choses différemment, un territoire peut créer de nouvelles réponses.

Et pour les jeunes qui souhaitent s’installer en région, ces réponses peuvent parfois faire toute la différence entre un projet qu’on remet à plus tard et un projet qui devient possible. Parce qu’au fond, s’établir quelque part, ce n’est pas seulement trouver un emploi ou un logement : c’est aussi trouver les bons repères pour se projeter. Si tu as envie de t’établir en région, les agentes et agents de Place aux jeunes en région peuvent t’accompagner selon tes besoins, t’aider à mieux comprendre ton projet et te mettre en contact avec les bonnes personnes dans le milieu qui t’intéresse.

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