Quand les entrepreneurs en région tirent leur épingle du jeu

Dans le cadre de son 30e anniversaire, Place aux jeunes en région s'associe à DESJARDINS pour vous proposer une série d’articles intitulée « 30 ans à vous parler de nos régions ». Bonne lecture!

“Quand les entrepreneurs en région tirent leur épingle du jeu”
par PIER-LUC OUELLET

On le sait, les derniers mois n’ont pas été simples pour les entreprises. Une pandémie, de nombreux confinements, des règles des plus strictes, une clientèle plus prudente, une économie au ralenti… disons que bon nombre d’entrepreneurs ne seront pas tristes de dire adieu à 2020. 

Mais ce qui ressort c’est la façon dont certains entrepreneurs réussissent à surmonter les obstacles les plus difficiles et à tirer leur épingle du jeu, même en pleine crise. 

Et c’est particulièrement vrai des entrepreneurs en région, qui ont su faire preuve de créativité et de résilience pour trouver des solutions. 

On a parlé à quelques entrepreneurs et experts pour prendre le pouls de nos entreprises hors des grands centres. Voici leur histoire.

Perle Morency, co-propriétaire de Côté Est à Kamouraska

Côté Est, c’est un restaurant qui a pignon sur rue à Kamouraska depuis 2012. 

Comme on le sait, les restaurants font partie des entreprises qui ont été les plus durement touchées par la crise. 

Or, l’entreprise de Perle Morency tient toujours, et c’est en grande partie parce que Côté Est va au-delà de sa mission de base : « C’est plus qu’un restaurant, c’est un lieu de rassemblement. On fait beaucoup d’événements culturels, on fait de la transformation, donc on fait des marchés de Noël à travers la province, du traiteur… », explique Mme Morency.

Au début de 2020, l’année s’annonçait prometteuse : « 2019 a été vraiment une année record, ça a été le résultat de tous nos efforts, après des années et des années de déficit et de zéro profit. Mais on n’en a pas profité longtemps, parce qu’il a vraiment fallu se réinventer. »

En effet, quand la crise frappe au mois de mars, la salle à manger du restaurant est déjà fermée puisqu’elle ouvre pour la saison estivale. Au printemps, l’équipe s’affaire normalement à desservir sa clientèle corporative avec son service de traiteur: « C’est souvent dans cette période que les entreprises du Bas-Saint-Laurent reçoivent leurs clients de l’international. Alors on préparait des lunchs en quantité et en variété. »

« Quand c’est arrivé, tout a fermé du jour au lendemain, on se retrouvait avec des quantités énormes de matières premières qu’on avait achetées en vue de gros événements corporatifs. »

L’équipe de Perle ne se laisse pas abattre, et pivote rapidement : « Nous autres, plutôt que de ralentir, on y est allé à fond la caisse ! »

On ouvre la salle à manger plus tôt, et on met en place un service à emporter et de livraison, ce dernier étant particulièrement apprécié : « Les gens étaient à la maison, ils ne voyaient personne. Les personnes seules, c’est pas évident. Des fois, quand j’arrivais, il y avait des gens qui pleuraient. »

“Un moment donné, c’était trop d’amour, je ne savais plus où placer ça !”
Perle Morency

Côté Est a également créé un marché public sur leur galerie, en plus de monter une boutique intérieure rapido presto : « Une journée, il y avait une tempête de vent, alors on a dû rentrer tout notre stock à l’intérieur, et en une journée, on a créé une boutique à l’intérieur ! »

Pour l’hiver, on a décidé de créer un marché de Noël, mettant en vedette les produits de l’établissement mais aussi de la région. 

La clientèle locale a été au rendez-vous : « Nos ventes à Kamouraska-village ont augmenté par rapport à 2019. C’est sûr que notre chiffre d’affaires en général a diminué parce qu’on n’a pas eu de service de traiteur, pas d’événements cet été comme des mariages, mais l’adresse à Kamouraska le printemps dernier était en croissance. Ça a beaucoup renforcé les liens qu’on avait avec les petits producteurs. Les gens ont eu une prise de conscience, ils réalisent que quand ils encouragent Côté Est, ils encouragent une chaîne de valeurs et des petits producteurs. »

Jean-François Côté, Président de Cube noir innovation

On entend beaucoup parler des secteurs qui ont été durement touchés par la crise de la COVID-19, mais certaines entreprises ont au contraire été favorisées, pouvant répondre à une nouvelle demande.

C’est le cas de Cube noir, entreprise de technologie située à Matane : « On fait des sites internet, des sites transactionnels, des jeux, de la VR (réalité virtuelle), de la 360, et autres outils numériques pour des clients commerciaux. On fait également du soutien technique et de la gestion de parc informatique. »

Après d’innombrables rencontres en visioconférence, de séances de magasinages en ligne et de 5@7 virtuels, on le sait : la technologie a pris une place encore plus grande dans nos vies.

Pour l’entreprise que gère Jean-François Côté, le défi n’a donc pas été de trouver des revenus, mais plutôt de faire face à la demande : « Ça a eu un impact que je dirais plus positif que négatif. Nos clients ont eu besoin d’avoir des solutions pour vendre en ligne, pour s’équiper, pour gérer le télétravail, pour la collaboration et le travail à distance… Pour nous, ça a augmenté notre volume d’affaires de répondre à ces besoins-là. »

Les employés de Cube Noir ont évidemment dû s’adapter. Mais l’avantage d’œuvre dans le secteur techno, c’est que que tout le monde a été immédiatement à l’aise avec le télétravail. 

Le défi a plutôt été de s’adapter aux nouveaux projets qui se dessinaient pour l’entreprise : « On était habitués de faire des jeux, des applications pour des projets plus gros, avec des gros budgets… On travaillait avec une grosse équipe pendant des années. Là, on est passés à des mini-projets, mais en grande quantité. Il a fallu s’ajuster, mais on y est arrivé ! », raconte monsieur Côté.

En fait, l’entreprise a été tellement dynamique qu’on en a même profité pour développer de nouveaux projets : « On a aussi profité de la pandémie pour développer des projets internes qui ont émergé de ces nouveaux besoins. Desjardins nous a accordé un prêt pour développer une solution qui permet aux commerçants de se créer une boutique en ligne en quelques clics. »

Voilà qui risque d’aider bien des petits commerçants qui réalisent que le web sera un incontournable pour l’avenir de la vente au détail.

Dominic Dunn, directeur de comptes chez Desjardins

En tant que directeur de compte qui s’occupe du financement des petites et moyennes entreprises de la Matanie, Dominic Dunn est bien au fait des défis particuliers auxquels ont dû faire face les entreprises en région.

La COVID-19 a apporté des défis notamment au niveau de l’approvisionnement : « La distance crée une pénurie de matériaux. Quand tu es loin, les délais d’approvisionnement sont un peu plus longs », explique monsieur Dunn.

Mais ce n’est rien comparé aux nombreux avantages que les entreprises en ont retirés : « Je pense que les régions ont su tirer leur épingle du jeu. Avant la crise, on avait une pénurie de main-d’œuvre. Le personnel qualifié, ça ne courrait pas les rues. Avec la pandémie, on a eu un boom immobilier de gens de la ville qui ont décidé de venir s’établir en région, qui a amené une main-d’œuvre intéressante. Les entreprises en bénéficient », renchérit-il.

Et surtout, ce que monsieur Dunn a observé pendant l’année 2020, c’est que les acteurs économiques de la région se sont rapprochés, faisant preuve de solidarité face à la crise : « Tout le monde a travaillé ensemble, que ce soit les Société d’aide au développement des collectivités ou Desjardins, on a eu des rencontres chaque semaine pour voir de quelle façon on pourrait aider les entreprises. »

Ça ne fait aucun doute pour Dominic Dunn : cette solidarité dans le secteur économique de la région sera encore là bien après la crise.

Dominic Labbé, co-propriétaire du Roquemont

Avec les gens confinés à la maison, ce n’est pas surprenant qu’il y a eu un véritable engouement pour le plein air et les grands espaces, cette année. 

Et ça, le Roquemont a su en profiter. 

Mais qu’est-ce que c’est que le Roquemont ? C’est une entreprise qui offre hôtel et microbrasserie, en plus d’être « le camp de base de Saint-Raymond au niveau de la motoneige et du vélo de montagne », comme l’explique Dominic Labbé, co-propriétaire.

C’est certain, l’équipe du Roquemont a dû s’adapter, surtout au niveau de la microbrasserie. Ils ont notamment fait l’acquisition d’une machine qui leur permet d’offrir leur bière en canette plutôt qu’en bouteille, répondant à une demande de la clientèle qui avait plus de difficultés à retourner ses bouteilles vides vu les circonstances.

Les activités touristiques de l’entreprise ont également bénéficié de l’engouement accru des Québécois à visiter leur propre territoire : « On avait la chance d’être en région, et de proposer une activité qui a explosé en popularité pendant la crise, le vélo de montagne. On a pu bénéficier d’une nouvelle clientèle, les gens des grands centres qui venaient visiter la région et faire du vélo de montagne. »

En fait, l’activité est devenue tellement populaire que le Roquemont a décidé d’accroître considérablement ses installations. Ils ont en effet acquis 12 acres de terrain, où ils aménageront des pistes, en plus de bâtir des chalets. 

Et quelle leçon tire l’entrepreneur de cette année hors du commun ? « La COVID-19 nous a rapprochés beaucoup plus de nos employés. On faisait déjà attention à eux avant la crise, on vivait une pénurie de main-d’œuvre et tout ça. Mais avec la crise, nous, en tant que petite entreprise familiale, ça nous a permis de nous rapprocher : on est allés porter des boîtes de nourriture à chacun de nos employés, ça a vraiment solidifié nos liens. Je pense que c’est quelque chose qu’on ne perdra pas. »

 

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